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Interview SFEN : Jean-Marc Jancovici

Posté le : 18/01/2018 dans : Actualités archivées, Archives, Archives 2018

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C’est à l’occasion de la publication de son ouvrage Dormez tranquilles jusqu’en 2100 et autres malentendus sur le climat et l’énergie, que la SFEN a rencontré Jean-Marc Jancovici.

Voici un extrait de cette interview : 

« La thèse centrale de votre ouvrage est que l’énergie structure toute l’économie, ce qui est loin de faire l’unanimité chez les économistes…

JMJ : Quand on parle d’économie, on parle de la production mesurée par le PIB. Le PIB représente la valeur monétaire de tout ce que l’on produit dans l’année. 

L’économie démarre avec de l’extraction de ressources naturelles de l’environnement : c’est parce qu’il existe du minerai de fer qu’on peut faire des fourchettes.

Par convention, ces ressources sont toutes gratuites. Ce que l’on paie quand on achète quelque chose, ce sont les revenus humains qui vont des ressources naturelles à l’objet transformé. Quand on transforme, les gens travaillent. D’autres personnes ne travaillent pas, mais détiennent quelque chose qui intéresse d’autres personnes, elles vont aussi être payées. Ici, il s’agit des deux principales composantes des revenus humains : les salaires et les rentes.

La production de l’année est donc égale à ces deux revenus. Si mon PIB est la somme de ce que j’ai produit dans l’année, c’est aussi la somme de ce que les hommes ont gagné pour transformer les ressources naturelles.

La valeur entre avant et après la transformation s’appelle la valeur ajoutée. C’est là qu’intervient l’Énergie. L’énergie quantifie le degré de transformation d’un système. Plus un système se transforme, plus l’énergie impliquée dans cette transformation est grande. Et inversement : plus il y a d’énergie mobilisable, plus la capacité de transformation est importante.

La production a toujours été limitée par le plus important de ses facteurs limitants. Il y a deux siècles, ce facteur était le travail humain disponible et le capital humain accumule disponible. A l’époque des moulins, ce qui limitait la quantité de grains que je pouvais faire pousser et moudre était la quantité d’hommes qui pouvait planter et récolter le grain, ainsi que la quantité de moulins dont je disposais. Quand arrive la révolution industrielle, les hommes ont été remplacés par des machines. Aujourd’hui, la capacité de transformation des machines est 500 fois supérieure à celle des muscles des hommes, et c’est cela qui a permis de porter la production aux niveaux actuels. Désormais, le premier facteur limitant à la transformation n’est plus l’homme mais l’énergie disponible pour faire fonctionner les machines. Dès lors, toute diminution de l’énergie disponible entraine une diminution de la quantité de machines qui peuvent travailler et, puisque les emplois sont devenus dépendants des machines, l’emploi diminue.

Pourtant, on ne manque pas d’énergie…

JMJ : Si, mais on ne s’en rend pas compte parce qu’il n’y a pas de lien entre le prix et la quantité d’énergie disponible. L’idée selon laquelle la baisse de l’approvisionnement énergétique entraine une augmentation des prix est vraie à court terme, mais fausse à moyen-long terme.

Pour le pétrole, à chaque fois que la production s’est mise à croître moins vite, il y a eu un choc qui a duré quelques années et après le prix a évolué comme il a voulu. Aujourd’hui, l’OCDE est en décrue pétrolière subie en volume, et au-delà d’un choc sur quelques années il n’y a plus d’élasticité prix/volume.

[…]

La solution serait peut-être dans l’avènement d’une énergie illimitée comme la fusion nucléaire ?

JMJ : Une énergie illimitée serait une catastrophe ! Cela voudrait dire que nous deviendrions tous Superman. Au moindre conflit, la Terre sombrerait dans un combat de titans !

La croissance perpétuelle n’est pas souhaitable ni soutenable pour l’environnement. Le défi est bien de s’accommoder d’une énergie limitée. Dans le monde moderne, on a un problème fondamental de rapport à la limite. Toute limite est perçue comme une injustice.

[…]

 

Ce que vous dîtes, c’est que le nucléaire entretient un système de consommation insoutenable pour la planète ?

JMJ : Aujourd’hui, la question que le nucléaire entretienne ad vitam aeternam une civilisation de l’excès ne se pose pas. Aujourd’hui, l’urgence est plutôt de mettre le nucléaire à toute vapeur pour remplacer les 1 800 GW de centrales à charbon qu’on a dans le monde. Il faut en effet diviser par trois les émissions de CO2 pour éviter un réchauffement climatique qui pourrait mettre la planète à feu et à sang, et cela passe par la suppression de la totalité des centrales à charbon dans les 35 ans qui viennent. Sans nucléaire, il n’y a aucune chance d’y arriver. Une fois qu’on aura fait ça, on se posera la question de l’après.

Certes, le nucléaire entretient un système de consommation plus fort que dans un monde « tout renouvelable ». Cependant, entre le niveau de consommation actuel, qui n’est pas soutenable, et quelque chose qui est au-dessus de ce qu’avait un paysan il y a deux siècles, il y a un équilibre à trouver.

Un système 100 % renouvelables n’est pas réaliste ?

JMJ : Si on veut remplacer le système français par des éoliennes avec des barrages (NDLR : pour stocker l’électricité), il faut construire quelques milliers de barrages de Sivens, multiplier par un facteur 3 la puissance de pointe que le réseau peut encaisser et multiplier par 10 à 20 les capitaux qu’on doit injecter dans le système pour produire la même quantité d’électricité. Dit autrement, là où le cout de reconstruction à neuf du système électrique français coûte 300 à 400 milliards d’euros, avec un système éolien plus le stockage cela coûtera entre 3 000 et 6 000 milliards d’euros, soit 1,5 à 3 fois le PIB français. Engager cette politique, c’est entrainer la France dans une récession sauvage avec les tensions sociales qui vont avec. De même, dire que l’on va résoudre le problème du charbon dans le monde essentiellement en développant le solaire, l’éolien et le stockage, c’est aller droit vers un réchauffement climatique accéléré et vers un monde hostile et violent.

Le nucléaire fait donc partie de la solution. Comment expliquez-vous que la part de l’atome dans le mix puisse diminuer ?

JMJ : Celà fait 20 ans que la France et les politiques en particulier, ont le nucléaire honteux. Le politique sacrifie un totem – Superphénix hier, Fessenheim demain – pour dire publiquement que « le nucléaire ça n’est pas bien » et discrètement, dit à la filière « Continuez votre activité, mais ne le dîtes pas trop fort ». Cette attitude est à l’origine d’un réflexe corporatiste qui relève davantage du syndrome « citadelle assiégée » que du syndrome « corps des Mines ». « 
 

Source : Revue Générale de l’Énergie – http://www.sfen.org/fr/rgn/la-croissance-verte-nexiste-pas-jean-marc-jancovici

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